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Kareïm TREVISANI N’DOU |
| Kareïm TREVISANI N’DOU officie comme percussionniste, chanteur, et compositeur.
Il travaille essentiellement en studio d’enregistrement pour le compte de labels, et dans ce cadre il participe aux tournées ou aux scènes des formations. Vistez le site de Kareïm |
Annuaire-Musique :
Pourquoi ce titre « Solî Project » ?
Kareïm :
« Soli » dans mon dialecte veut dire "être seul" mais au sens communautaire du terme (sans péjoration), pour tenter d’en dégager de la paix, ce qui reste, à mon sens, une quête éternelle, d’où le choix de ce titre.
Annuaire-Musique :
Comment t’est venue l’envie d’enregistrer « Solî Project » ?
Kareïm :
En réalité durant longtemps, je n’y ai même jamais pensé.
Je ne me sentais pas suffisamment prêt, malgré le nombre certain de gens qui m’y engageait.
En fait, je souhaitais apprendre encore davantage, de la scène, du studio, de ces rencontres, et me forger une forme de discipline, une certaine rigueur.
Ce que j’en retiens de central, se résume en une notion : « l’autre ».
Etre au service d’une musicalité, d’une écoute, et entendre le plus précisément possible ce qui se joue, au propre comme au figuré, dans les atmosphères qui naissent.
Je me suis donc peu à peu dit qu’enregistrer mes compositions était aussi la délicieuse occasion de rassembler sur des mêmes plages des gens qui comptent dans mon univers musical.
Annuaire-Musique :
D’où la diversité des invités ?
Kareïm :
Oui.
Je souhaitais que plusieurs générations, différents climats, différentes cultures aussi se rencontrent tout en recherchant la cohérence, sans tomber dans le cliché de la fusion pour la fusion.
Je voulais du sens et de la pertinence autant que possible.
Sur une plage par exemple, F.I.B utilise un rap assez ragga, et dépose ses lyrics de manière incisive. Je lui avais demandé, durant la session de recording, de surtout laisser traîner sa respiration derrière lui.
La batterie jungle les utilise comme accent, et s’en sert comme tissu narratif.
Sur un autre morceau, Jérémie Lacoste développe des ambiances aérées en superposant des nappes de guitares sur lesquelles je chante à la manière d’une Woy (hommage purement africain).
Un saxophoniste jazz, Joris Garnier crée sur l’ensemble des mouvements harmoniques plus ou mois modaux qui se confondent en particulier avec la guitare slide, comme pour révéler la tension du climat distillé par les autres éléments.
Annuaire-Musique :
As-tu le sentiment de faire partie d’un collectif d’artistes ?
Kareïm :
Le mot collectif m’a toujours fait un peu peur.
Cela peut s’avérer parfois réducteur. Disons plutôt que nous sommes un rassemblement de gens qui prenons plaisir à essayer de faire de la musique, c’est déjà pas si mal.
Annuaire-Musique :
De quels sujets traitent tes textes, et quelle place leur donnes-tu dans tes compositions?
Kareïm :
Mes textes ne se veulent pas revendicatifs et encore moins politisés.
La politique, même si je ne la dénigre pas, n’est pas mon outil de prédilection, je lui préfère la poésie,
En ce qui concerne les revendications, plus elles sont assénées plus elle me paraissent suspectes, mais à la fois, j’aime qu’il y ait un rapport intimiste entre la musique et l’auditeur.
Voilà pourquoi souvent, je suis touché par les lyrics des chants traditionnels, du blues, du reggae aussi, qui savent parler de choses graves et délicates avec pourtant une forme de tendresse et d’espoir.
Cette façon magique et si déroutante de dire que bien sûr, la plupart des choses restent à faire, mais que cela pourrait être tellement pire.
C’est pourquoi je privilégie la description, pour son pouvoir de projection et d’élaboration personnelle. Que chacun en retire ce qu’il y puise.
Annuaire-Musique :
As-tu un thème de prédilection ?
Kareïm :
Peut-être l’éphémère…
Souvent on l’associe à une réalité négative ; en ce qui me concerne, je trouve qu’elle est le caractère même de la vie, et c’est heureux que tout passe…
Annuaire-Musique :
Composes-tu sur des périodes précises ou un peu tout le temps ?
Kareïm :
Un peu tout le temps je crois, même si je n’en retire pas une énorme somme effective.
En fait, aussi bien dans le métro que lors d’un voyage, ou même sous ma douche, peuvent me venir des images, des idées, alors je les note quelque part.
Au bout d’un certain temps je les mets un peu en « ordre » et je les propose au crew.
Annuaire-Musique :
Tu es maintenant installé en Scandinavie, comment y ressens-tu l’atmosphère musicale ?
Kareïm :
Comme la scène est restreinte et le niveau technique élevé, les musiciens ont affaire ici à un public pointu, stylistiquement, j’entends.
Alors ils cherchent peut-être davantage un son, quelque chose de plus.
Ils expérimentent et n’hésitent pas à mettre leurs traditions en avant dans les compositions
Si tu écoutes les musiciens de chez Jazz Land (label norvégien), c’est probablement ce que tu remarqueras aussi.
C’est surprenant de constater que le travail de gens comme Jan Garbarek, Bugge Wesseltoft, Marie Boine, ou le groupe Utla ne soit pas plus connu.
Annuaire-Musique :
Merci pour tout.
Emmanuel