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De Holkeur
Un drole de nom pour un drole de bonhomme?

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Annuaire-Musique :
De holkeur, quel drôle de nom… Pourquoi pas libellule ou papillon ?

De Holkeur :
Je crois qu’ils sont déjà pris…
C’est un copain qui m’a suggéré ce pseudo. Un jour j’avais un peu forcé sur les rafraîchissements et je lui faisais remarquer que j’avais des « hauts-le-cœur »… Ça l’a fait rire et c’est resté.
Je me suis servi de ce pseudo il y a quelques années, lorsque j’ai réalisé les premiers épisodes d’une série d’animation pour la télé.
Depuis, je m’y suis habitué et j’ai décidé de le garder.

Annuaire-Musique :
Le dessin animé ? Toucherais-tu à plusieurs disciplines ?

De Holkeur :
Je me suis toujours efforcé de faire correspondre travail et passion, afin de ne pas être obligé de me donner des coups de pied aux fesses pour aller au boulot. Ce qui m’a valu de beaux moments mais aussi de moins marrants, voire angoissants.
En sortant du lycée, après les premières années de « vie active » comme on dit, je suis vite devenu indépendant… Travailleur non salarié… Bien sûr, j’aurais préféré « salarié non travailleur » mais ça n’existe pas !
J’ai touché aux arts graphiques, au design, puis plus tard à l’infographie, au film d’animation et à l’écriture de scénarios.

Annuaire-Musique :
Mais alors, la musique dans tout ça ?

De Holkeur :
La musique fait partie de ma vie depuis toujours. J’ai toujours joué.
Tout petit, je faisais déjà le pitre devant le poste de radio de ma grand-mère, battant la mesure sur les airs de jazz américain qui commençaient à s’immiscer dans la programmation radiophonique d’alors, entre les chansons de Tino et de Dalida. Un signe.
J’ai imaginé mon premier groupe avec un copain, à 15 ans.
Je voulais jouer de la batterie, mais lui aussi…
Comme je n’étais pas contrariant à l’époque, j’ai « choisi » la guitare… Sans même en avoir une.

Annuaire-Musique :
Tu aurais aimé être batteur ?

De Holkeur :
Oui. Je pensais que c’était plus facile (mon copain aussi d’ailleurs).
D’autant plus que dans le trou industrieux du Bugey où je vivais, pas question de trouver un prof de guitare rock, que je n’aurais pas pu me payer de toute manière.
On ne s’imaginait même pas que ça puisse s’enseigner, le rock…
Finalement, je n’ai jamais pris de cours et je me suis démerdé tout seul.
J’ai pompé la position des doigts de mon premier accord sur la pochette du 45 tours d’Eddie Cochran où il tient sa Gretsh en faisant un Do majeur… C’mon ev’rybody !
C’était l’époque des découvertes, des choses qui n’avaient jamais été jouées avec des grattes électriques, des sons nouveaux, disto, wha wha, mellotron et violons à l’envers.
Mon premier ampli était un poste de TSF à lampes. Ils avaient tous une entrée « pick-up » à l’arrière.
On en a fait exploser pas mal.
Ensuite, comme on était quatre, on a commencé à monter sur les scènes locales, le fer à souder dans la poche, pour les jacks pourris...
On était prêts…
Le bassiste qui savait à peine jouer, avait fabriqué lui-même son instrument, et nous avions trouvé un mec assez gonflé pour faire le chanteur.
Il mettait des gants en cuir noir, pour faire diversion !

Annuaire-Musique :
Bon… On avance un peu ? Sinon les gens… y zappent !

De Holkeur :
Ah oui, je comprends.
Je ne me souvenais plus qu’on était en direct.
Donc, avec les copains, on a malgré tout progressé, durant toute la période de l’explosion des groupes anglais et du rythm’ n blues.
On jouait beaucoup en public, et on était fiers d’avoir les mêmes amplis que les Beatles : des Vox flambant neufs.
Le groupe s’est étoffé puis, plus tard, le batteur a acheté une seconde grosse caisse, et comme il était fondu de Magma, on a joué du pseudo-Magma. Des morceaux de vingt minutes chacun.
Nous sommes entrés dans une période intello-jazz-rock, mais ça plaisait, à nous comme au public et on écumait tous les festivals de la vallée du Rhône. Mon frère faisait partie de la section de cuivres.
On commençait à avoir une solide réputation, mais il y en a qui ont pris la grosse tête et nous avons dissout la formation (et dix sous, c’est pas cher, comme disait Bourvil !).

Annuaire-Musique :
C’est un phénomène assez courant non ?

De Holkeur :
Oui, et de plus il ne faut pas en avoir peur.
C’est comme une seconde naissance musicale. On se remet en question aussi.
Ensuite avec la majorité des rescapés, nous avons continué dans la veine des compos de groupe, influencées par des musiciens comme Santana (de la bonne cuvée), mais aussi par les formations comme Weather Report entre autres.
Notre guitariste rythmique jouait sur une cabine Leslie en guise d’ampli avec les HP qui tournaient, c’était génial, cette trouvaille de George Harrison.
Mais on s’essoufflait.
On a usé pas mal de batteurs, des excellents, mais aussi des affligeants, voire des carnavalesques.
Je crois qu’on a dû faire un break de quelques mois avant de s’attaquer au jazz, avec la rencontre d’un très bon guitariste jazzy-manouche, et d’un batteur au swing extraordinaire.
Nous écumions les jazz-clubs de la région, c’était extrêmement convivial, malgré la fâcheuse manie de certains « amateurs éclairés » de ce milieu à se laisser aller à un purisme et un sectarisme ridicules.

Annuaire-Musique :
Considères-tu le jazz comme l’aboutissement d’un parcours ayant commencé avec le rock et la pop ?

De Holkeur :
Pas obligatoirement.
C’est vrai que ça semble plus noble pour certains, mais ça peut être chiant aussi, surtout si tu ne connais pas le nom du lead trombone du Duke sur son quatrième opus ( !).
Cela dit, on apprend beaucoup, harmoniquement parlant. Ça oblige à travailler réellement.
Mais je n’étais pas très fort pour les chorus et de plus je voulais aussi chanter.
Comme j’avais fait un petit saut au Brésil, j’avais été complètement bouleversé par la bossa et la musique MPB en général, dont Gilberto Gil en était un des porte-paroles.
Du coup, le groupe de musique brésilienne qui couvait depuis quelques temps a vu le jour.
Je me suis pris d’amour également pour la langue portugaise, et avec les potes musiciens, nous avons appris tous les standards de Jobim, texto.
Au bout de six mois de répétitions, on s’est retrouvé au festival de Montreux, à balancer « Desafinado » devant un parterre de brésiliens qui nous ont fait un bon accueil.
Le soir c’était Djavan qui chantait dans la grande salle… C’était mieux...
Mais nous avions là un bon groupe qui a sévit plus de huit ans et bien fait parler de lui régionalement.

Annuaire-Musique :
Quand as-tu commencé à composer?

De Holkeur :
Tout de suite, bien sûr !
C’est le piège quand on ne sait pas trop bien jouer et qu’on veut faire le malin en se disant qu’on va aller droit au but, sans passer par les cases « baluche », » piano-bar », « clubs » en tous genres, et sans vouloir se casser les doigts sur la musique de ceux qu’on admire.
Mais j’ai vite compris que ça ne valait pas grand-chose.
J’ai donc fait le parcours initiatique, apprenant docilement mes classiques, d’autant plus que je ne sais pas très bien lire une partoche.
Mais j’ai toujours écrit des mélodies et des textes parallèlement aux standards pop et rock, puis brésiliens que je jouais.
Quand j’ai considéré que c’était pas trop mal, j’ai soumis aux copains l’idée de réaliser un 45 tours avec deux de mes titres…
Merveilleuse idée, à quelques mois de l’avènement du CD.
Il nous reste quelques piles de ce vinyle qui a connu un énorme succès familial...
Non je déconne, puisqu’on a failli signer avec un label.
… Dommage que le D.A. à Paris, ne se rappelai même plus que j’étais venu le voir une semaine avant !
Ça m’a dégoûté.

Annuaire-Musique :
Alors, pourquoi continues-tu ?

De Holkeur :
J’ai repris très vite le moral, j’avais l’inspiration et la scène est plus importante que le show-biz.
Et puis j’avais deux compères qui m’ont fait un cadeau magnifique : travailler avec moi et m’accompagner sur scène pour interpréter mes chansons.
Et ces deux musiciens sont vraiment des pointures. Bassiste et batteur.
Parallèlement, la formation de musique brésilienne suivait son petit bonhomme de chemin.
Et puis, quand elle vous procure tant d’émotions, on ne peut pas s’arrêter de jouer de la musique.
Il n’y a qu’à se balader sur le Net pour se rendre compte du nombre de musiciens et d’auteurs compositeurs d’un excellent niveau qui s’y font connaître.
Ça m’a fait prendre conscience de ce fabuleux moyen d’échange, de rencontres et de connaissances, de cette facilité avec laquelle on peut faire écouter sa musique aux autres, et découvrir les autres.

Annuaire-Musique :
Quand te verra-t-on sur scène ?

De Holkeur :
Pour le moment, je ne l’ai pas envisagé.
Je me suis installé dans le Sud depuis quelques années, car j’étouffais dans la ville d’où je viens, considérant que j’avais vécu trop longtemps au même endroit.
Malheureusement, j’y ai laissé mes amis, et les musiciens avec lesquels je jouais, donc...
Récemment, j’ai fait la connaissance à Nice d’un groupe excellent et chaleureux auquel j’ai participé pendant plus d’un an, revisitant dans les moindres détails les titres des Beatles. Une excellente expérience, et de nouveaux bons amis.
Pour le moment je travaille beaucoup mes compositions. J’ai envie d’écrire et de composer seul, même si je suis fondamentalement attaché à la formule groupe.
Je m’adapte aux échos de mon intuition.

Annuaire-Musique :
… Coupez… Merci… On la garde… C’est bon.
Emmanuel



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